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Un des pièges du vol en hiver — Le voile blanc

Article de Francis Bélanger et de Denis Veilleux, par dans l'édition novembre-décembre 1998 de « La Brousse » repris avec permission.

À l'approche de la saison hivernale, il est recommandé de revoir certains aspects particuliers que nous procure la saison blanche. Entre autres, il est judicieux de revoir le manuel d'opérations de votre appareil, de vérifier l'équipement qui doit se trouver à bord de votre appareil pour vos envolées hivernales et de réfléchir aux particularités météorologiques du vol en hiver. Au-delà de la neige et du froid, l'hiver offre quantité de nouveaux phénomènes avec lesquels nous devons composer. L'un de ces phénomènes est celui du voile blanc. Nous porterons notre attention sur ce dernier puisqu'il comporte de grands risques pour la sécurité d'un vol.


Définition

A.I.P. section AIR 2.12.7

« Un phénomène optique atmosphérique des régions polaires qui fait que l'observateur semble enveloppé dans une lueur blanchâtre uniforme. On ne peut discerner l'horizon, ni les ombres, ni les nuages; on perd le sens de la profondeur et de l'orientation et on ne peut voir que les objets très sombres situés tout près. Le voile blanc se produit si la couche de neige au sol est intacte et le ciel au-dessus est uniformément couvert lorsque, grâce à l'effet de clarté de la neige, la lumière venant du ciel est à peu près égale à celle que vient de la surface de la neige... »

En termes plus simples, le phénomène se produit lorsque vous êtes en présence d'une grande surface plane et que le ciel couvert se confond avec le terrain. Vous avez alors l'impression d'être à l'intérieur d'un bol de lait ou d'une balle de ping-pong. Il est impossible de discerner l'horizon et la distance du sol. Le pilote en régime VFR perd alors tous les éléments essentiels pour continuer son envolée en toute sécurité et ce, même si la visibilité demeure adéquate et que le plafond est haut.

Le phénomène peut se produire ou être amplifié par le brouillard (BR), la poudrerie (BLSN) ou les précipitations de petits cristaux de glace/neige (IC). (Voir le tableau des codes météorologiques à la section MET de votre A.I.P.)


Les risques

Voici un extrait d'un rapport d'accident du BST :

« Le pilote du C-185 est parti dans des conditions de vol à vue (en régime VFR) et il est monté jusqu'à 400 pieds/sol. Cinq milles plus loin, il s'est retrouvé dans des conditions de voile blanc au-dessus d'un lac. Ses instruments indiquaient un virage à gauche en descente. Il ne s'y est pas fié, car il n'a pas senti le virage. Quand il s'est aperçu que les instruments ne mentaient pas, il était trop tard. L'avion a heurté Ia glace, et l'aile gauche a été cisaillée. Heureusement, une fois tous les morceaux immobilisés, le pilote indemne a pu s'éloigner en marchant. »

Si vous vous retrouviez dans ce genre de conditions lorsqu'en régime VFR, vous risqueriez de souffrir de désorientation spatiale par manque de repères visuels. Comme vous n'êtes plus en mesure de voir l'horizon, il est possible que vous entriez dans un virage sans vous en apercevoir. Le virage peut se transformer en spirale et un impact avec te sol serait la conclusion du pire scénario. Si vous ne perdez pas le contrôle de votre appareil, il est possible que vous deveniez un cas de plus au tableau des impacts avec la surface sans perte de contrôle (CFIT). Comme il est impossible d'établir visuellement votre altitude, une descente à taux faible pourrait ne pas être décelée avant que l'impact ne se produise. Le meilleur des scénarios serait de vous en sortir avec une expérience de plus à votre bagage de pilote sans avoir tordu de métal.


Prévention et préparation

Comme nous n'avons aucun contrôle sur ce genre de phénomène, les seules façons de réduire les risques du voile blanc sont les suivantes :

  1. L'éviter.
  2. Le reconnaître.
  3. Faire confiance à ses instruments.

Éviter te voile blanc n'est pas chose facile, surtout si vous volez dans tes régions au-dessus de la ligne des arbres (cette région nordique sans arbre qu'on appelle toundra). Dans ce cas, les conditions météorologiques dans lesquelles vous accepterez de voler seront un facteur déterminant. Par temps complètement couvert, dans les régions du Grand Nord, il n'est pas facile de voter en régime VFR. Sans tenir compte de la possibilité de demeurer au sol, une envolée en régime IFR serait votre meilleur moyen de minimiser les risques associés au voile blanc. Malheureusement, ce n'est pas toujours possible. Avant de décider de partir, il vaudrait mieux analyser les exposés et les prévisions météorologiques. Méfiez-vous des plafonds couverts, des précipitations même légères et des vents supérieurs à quinze (15) noeuds. Le vent favorise le développement de la poudrerie (BLSN) en altitude s'il est associée à de la turbulence mécanique ou une masse d'air instable. Les cristaux de glace ou la neige légère sont alors soulevés en altitude et réduisent la visibilité horizontale produisant ainsi un voile blanc. Notez que les prévisions régionales (FA) n'affichent que les vents qui excéderont vingts (20) noeuds.

Si vous évoluez dans les régions plus au sud, sous la ligne des arbres, vous devez vous méfiez des mêmes facteurs que si vous planifiez survoler de grandes étendues comme des plans d'eaux gelées. Pour éviter le voile blanc, il est facile de modifier sa route pour toujours garder dans son champ de vision la cime des arbres, une chaîne d'îles, une route, une voie ferrée ou une ligne de transmission électrique. Ces objets vous aideront à conserver suffisamment de repères visuels pour déterminer l'assiette de votre appareil et percevoir la profondeur.

Une étude minutieuse de la route proposée vous aidera à déterminer le genre de terrain et les obstacles que vous survolerez. Il sera possible d'identifier les endroits où le phénomène du voile blanc serait propice et de modifier votre route pour éviter les zones que vous croyez à risque. Le sacrifice d'un peu de temps et de carburant sont vraiment des offrandes minimes pour vous assurer une envolée en toute sécurité.

Malgré toutes les précautions du monde avant votre envolée, et même si vous demeurez attentif pendant le vol, il est possible que vous soyez confrontés à des conditions de voile blanc. La constatation du phénomène pourrait se manifester par différents signes selon votre expérience et la phase du vol. Désorientation (voir A.I.P. section AIR 3.9), perte du sens de l'équilibre, nausées et impression d'être entré dans une enveloppe toute blanche sont toutes des sensations possibles. Il est fort probable aussi que vous n'éprouveriez aucune sensation et c'est là que le plus grand danger vous guette. Si vous êtes qualifié pour le vol en VFR seulement et que vous consultez brièvement vos instruments, il est possible que vous ayez la même réaction que le pilote cité en exemple ci-dessus. Comme votre vision et votre centre d'équilibre ne vous fournissent plus d'indices précis, vous aurez tendance à ne pas croire ce que vous communiquent vos instruments. C'est une réaction normale puisque vos compétences de pilote reposent principalement sur le vol à vue et la « sensation du siège ». En anglais, on dit : « Flying by the seat of your pants ». Si vous vous retrouveriez dans un tel piège, que devriez-vous faire alors?


Nos recommandations

Peu importe la situation à laquelle vous faites face, il importe de toujours garder votre sang-froid. D'abord, il est primordial d'accepter de faire appel à vos instruments pour vous dépanner, même s'ils semblent incorrects. Je présume ici qu'ils étaient en bon état de fonctionnement au départ et que vous n'avez pas la possibilité de passer en régime de vol IFR. Voici comment procéder :

  1. Consultez l'indicateur d'assiette — Tenez tes ailes parallèles au sot et maintenez un vol en palier.
  2. Notez l'altitude — Assurez-vous de vous établir à une altitude suffisante pour franchir les obstacles sans danger.
  3. Vérifiez votre cap — Maintenez un cap qui vous conduira vers un relief ou un terrain présentant des objets que vous pourrez distinguer.

Faire un demi-tour pourrait être une possibilité, mais je ne la recommande que si les conditions météorologiques semblent se détériorer au point de compromettre votre envolée en régime VFR. Une telle manoeuvre implique un virage à 180 degrés sans référence visuelle, c'est-à-dire en régime de vol aux instruments! êtes-vous en mesure d'effectuer ce genre de manoeuvre? Chaque cas est unique. Vous seul pourrez peser les risques et décider du meilleur moyen pour rétablir un régime de vol confortable et en toute sécurité.

Le phénomène du voile blanc est bien réel et il a déjoué plus d'un pilote par le passé. Peu importe le type de train d'atterrissage de votre appareil et les régions où vous volez, ce phénomène peut vous surprendre. Une bonne dose de prévention constituera votre atout principal pour éviter le voile blanc alors que les conditions météorologiques et le terrain seront les deux facteurs à analyser. Si par malchance vous êtes confrontés à ce phénomène, alors gardez votre calme et exécutez un minimum de manoeuvres. S'il s'avère nécessaire de manoeuvrer, faites-le doucement. Les changements d'assiette devraient être de l'ordre de trois degrés. Quant aux inclinaisons pour les virages, de 10 à 15 degrés suffiront.

Comme l'hiver peut mettre vos compétences en pilotage à rude épreuve, il serait sage de vous imposer une préparation rigoureuse. Nous vous proposons de prendre quelques heures de votre temps pour aller vous exercer au vol aux instruments en double commandes. Le vol aux instruments est une compétence qui s'érode avec le temps. Si vous n'avez pas fait ce genre de manoeuvre depuis plus d'un an, vous êtes probablement un peu rouillé! Rappelez-vous que plus vous avez d'outils en bon état dans votre coffre de compétences de pilote, plus vous êtes prêt à affronter les défis associés au pilotage de votre appareil.

Sur ce, bon vol et joyeuses fêtes!

Vos idées, vos impressions et vos commentaires sur le contenu de cet article peuvent être envoyés par courrier électronique à : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. ou par la poste par l'entremise du secrétariat de l'APBQ.

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